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Auguste Escoffier
LE POT-AU-FEU EN PROVENCE
La recette
Autrefois, en Provence, on préparait le Pot-au-Feu avec de la viande
de mouton ; à l'époque le boeuf y était très rare, surtout dans la plupart
des villages. La cause en était due à la difficulté de communication.
Cette vieille coutume n'est pas disparue et beaucoup de personnes préfèrent encore la viande de mouton à la viande de bœuf, affaire de
goût.
La viande de mouton, lorsqu'elle est de bonne qualité, absente de
toute odeur de laine, fournit un bouillon exquis et délicat et la chair
très agréable à manger. Les morceaux de mouton sont choisis dans
l'épaule, dans le collet et dans la poitrine.
Ce Pot-au-f- eu est généralement réservé pour le repas familial du
dimanche à midi.
En Voici la recette : Choisir un chou de moyenne grosseur, supprimer la première rangée de feuilles qui, généralement, sont trop dures;
en détacher une douzaine des plus grosses qui serviront d'enveloppes.
Les plonger 8 à 10 minutes dans de l'eau en ébullition pour les ramollir;
les rafraîchir, les placer dans leur état naturel sur un filet à cet usage;
celui-ci mis sur un linge blanc. Diviser en quatre le restant du chou,
le plonger pendant 10 minutes dans de l'eau en ébullition, l'égoutter,
le rafraîchir et ie hacher.
Faire chauffer dans une casserole 4 cuillerées à soupe d'huile d'olive,
ajouter 2 cuillerées d'oignon finement haché et 150 à 200 grammes de
lard maigre de poitrine et haché, laisser étuver quelques minutes à petit
feu, l'oignon ne doit pas roussir. Ajouter alors le chou, remuer avec une
cuiller en bois. Laisser étuver quelques instants ; retirer la casserole hors
du feu et compléter cette farce de 200 grammes de riz passé quelques
secondes à l'eau bouillante et bien égoutté, une pincée de persil haché,
une pointe d'ail, sel et poivre, 2 œufs bien battus et quelques cuillerées
de fromage frais râpé. Amalgamer le tout intimement.
nota. — L ail et le fromage sont facultatifs.
Mettre la farce sur le centre des feuilles disposées sur le filet, ramener
ces feuilles à la position naturelle du chou. Serrer le filet de manière
à conserver au chou sa forme pendant la cuisson.
On cuit la viande et le chou dans la même marmite ; on ajoute le
chou après que le bouillon est écumé, le temps de cuisson est le même
que pour la viande.
Au moment de servir, retirer avec précaution le chou de la marmite,
le dresser sur un plat rond, retirer le filet. Les viandes sont dressées à
part, entourées des autres légumes.
Le bouillon, une fois dégraissé, est passé à la passoire fine et versé
dans la soupière où de jolies tranches de pain grillées attendent sa
venue. La viande et le chou sont servis en même temps.
NOTA. — A l'époque des petits pois on peut ajouter à la farce
200 grammes de petits pois bien tendres.