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Pellegrino Artusi
Grives aux olives
Ingrédients
- grives
- olives en saumure
Préparation
Les grives et les autres petits oiseaux en ragoût peuvent se préparer comme les pigeons du n° 276 ; je vous recommande même cette façon de les cuisiner, car ils sont excellents. On a coutume d'ajouter les olives adoucies, c'est-à-dire conservées en saumure, entières avec leur noyau lorsque les grives sont à mi-cuisson. Il vaut toutefois mieux retirer ce noyau : à l'aide d'un petit couteau, on découpe la chair en un ruban qui, enroulé en spirale sur lui-même, semble reformer une olive entière.
Un jour, on offrit six grives à un monsieur qui, sa famille se trouvant alors à la campagne, songea à les manger rôties dans une auberge. Elles étaient belles, fraîches et grasses comme des becfigues ; craignant qu'on ne les lui échangeât, il les marqua en leur coupant la langue. Les garçons, devenus soupçonneux, commencèrent à les examiner pour voir si quelque signe apparaissait et, à force de regarder, aidés de leur astuce, finirent par le découvrir. Ne voulant pas être en reste de malice, ou peut-être parce que ce monsieur ne se montrait généreux envers eux que par son tour de taille, ils s'écrièrent d'une seule voix : « Nous allons lui jouer un tour ! » Ils coupèrent alors la langue à six des grives les plus maigres de la cuisine et les lui préparèrent, réservant les siennes aux clients les plus importants. Lorsque notre homme arriva, impatient de faire ce jour-là un repas délicieux, et qu'il les vit sèches et décharnées, il se mit à écarquiller les yeux et, les retournant dans tous les sens, se disait : « Je suis confondu ! Mais sont-ce vraiment mes grives ? » Puis, constatant que la langue manquait, il se résigna tristement à croire que la broche et le feu avaient opéré cette métamorphose.
Aux clients qui arrivèrent ensuite, la première proposition que leur faisaient triomphalement ces garçons était : « Monsieur désire-t-il aujourd'hui une magnifique grive ? » Et les voilà racontant leur bel exploit, tel qu'il me fut rapporté par quelqu'un qui avait mangé de ces oiseaux.